Fondateur de la Maison Landemaine et plus récemment de la boulangerie 100 % végétale Lands&Monkeys, Rodolphe Landemaine, artisan boulanger et entrepreneur engagé, prône une transition alimentaire plus responsable et végétale. Entretien.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?
Pour être franc, le métier que j’exerce aujourd’hui est dû à une opportunité de vie. Initialement, je me prédestinais à un métier scientifique, et plus particulièrement à l’éthologie, qui est l’étude des comportements des espèces animales.
Mais à 18 ans, j’ai choisi de suivre la filière boulangerie-pâtisserie, en bac professionnel, puis chez les Compagnons du Devoir. J’ai ensuite exercé dans plusieurs grandes maisons de cette filière. Ces expériences m’ont notamment inculqué la rigueur, l’investissement dans mon travail, et une approche multi-disciplinaire. J’ai étendu mon savoir-faire à plusieurs écosystèmes : pâtisserie, boulangerie, traiteur, restauration, hôtellerie… avant de créer ma propre enseigne. À bien des égards, ce métier m’a beaucoup apporté et je peux lui dire merci, je vis grâce à lui de belles histoires.
Votre enseigne revendique des convictions en matière de responsabilité sociétale et environnementale. Pouvez-vous nous en dire plus ?
La RSE est un sujet qui me tient à cœur. C’est la raison pour laquelle je l’ai appliquée dans mes entreprises, en favorisant par exemple le local, mais aussi les farines bio, ou issues de la culture raisonnée et contrôlée… Tout ce qui permet de moins impacter la biosphère.
À partir de 2016, nous avons commencé à proposer une offre végétale au sein de notre réseau Maison Landemaine, en plus de nos gammes classiques. Cette offre a été très bien accueillie. Nous avons ensuite décidé d’aller plus loin, en créant une marque 100 % végétale parmi nos enseignes. La transition vers une alimentation végétale est aujourd’hui au cœur de nos convictions. C’est notre fer de lance. À l’heure actuelle, les trois quarts des terres cultivées nourrissent les animaux. Il faut dix fois plus de surface pour nourrir une personne qui mange de la viande par rapport à une personne dont le régime est uniquement végétal.
Pourquoi cela vous tient-il à cœur de proposer une offre 100 % végétale ?
Parce que je suis très sensible à l’éthique animale. En tant que citoyen, j’essaye de consommer de manière raisonnée et j’ai souhaité aller plus loin avec mes entreprises, qui favorisent cette transition vers une alimentation moins carbonée. Nous essayons chaque année d’élargir la gamme végétarienne et végane. L’idée est de montrer que nous pouvons créer des modèles plus vertueux, en les végétalisant petit à petit, sans supprimer pour autant tous les produits carnés.
Avec le temps, l’idéal serait d’inverser les modèles existants pour que la protéine végétale soit utilisée par défaut, et la protéine animale utilisée en complément. Cela ne se fait évidemment pas du jour au lendemain et prend du temps, car il faut sensibiliser les citoyens, mais aussi les restaurateurs. Nous avons un rôle à jouer dans cette transformation. À l’heure où les ressources planétaires diminuent, l’acte citoyen d’un restaurateur, c’est de végétaliser son offre en sortant du dogme binaire de l’un contre l’autre. Le but est de tendre vers une alimentation plus végétale, sans pour autant être végétarien ou végan, et de diminuer de façon drastique les protéines animales.
Quelles actions menez-vous pour favoriser cette sensibilisation à la consommation responsable ?
Nous avons créé le fonds de dotation actionnaire « Fonds Demain sur Terre ». L’idée, grâce à ce fonds, est de transformer la création de valeur du groupe en actions concrètes et philanthropiques. Notre mission est simple : protéger la nature en acquérant des surfaces pour les laisser ensuite libres de toute intervention humaine. Nous rachetons donc des terres que nous vendons à la nature. Cela s’appelle la libre évolution. Nous menons également des projets de recherche en matière de pratiques agricoles végétales innovantes, et sensibilisons le grand public aux actions menées et soutenues par le fonds. Nous avons notamment acquis un projet pilote de 170 hectares en Normandie.
Quels conseils donneriez-vous à de jeunes boulangers qui souhaitent se lancer dans l’entrepreneuriat ?
Mon premier conseil serait de croire en l’humain. Mon deuxième est plus pragmatique : c’est de maîtriser son métier pour ne plus avoir à penser à ça quand on va entreprendre. Mon troisième est d’être curieux, et de s’entourer des bonnes personnes.
