Responsable nationale du programme, Florence Armitano porte le projet Des Étoiles et des Femmes à l’échelle nationale. Elle explique comment ce dispositif permet aux femmes éloignées de l’emploi de s’insérer dans le secteur de la restauration.
Qu’est-ce que le projet Des étoiles et des femmes, et pouvez-vous nous dire comment il est né ?
Le projet Des étoiles et des femmes a été créé en 2015. Nous sommes donc très heureux de fêter cette année la dixième promotion du projet ! Cela fait 35 ans que nous travaillons pour l’inclusion des personnes par la cuisine avec notre association Festins. Des étoiles et des femmes est un projet de cette association, qui n’a pas d’entité juridique.
Il y a une dizaine d’années, nous nous sommes rendus compte que la restauration était un secteur qui souffrait du manque de femmes. Il y a une sous-représentation en cuisine : seuls 17 % des chefs cuisiniers sont des femmes en France. Or, dans les quartiers prioritaires, beaucoup de femmes souhaitent obtenir un travail. Notre projet propose pour elles une formation diplômante.
Les personnes que nous aidons sont fortement éloignées de l’emploi et viennent majoritairement des quartiers prioritaires. 80 % d’entre elles n’ont jamais obtenu de diplôme. Depuis notre création, nous avons accompagné 1000 femmes. D’abord à Marseille, qui est la ville mère de notre association, puis dans d’autres villes sous forme de franchises, car Des étoiles et des femmes s’est développée comme une marque.
Les associations avec lesquelles nous collaborons connaissent bien leur secteur. Nous leur apportons notre expertise, en accompagnant les femmes tout au long de la formation et en leur donnant accès à un réseau. Car notre rôle est également d’aller chercher des cheffes, de leur expliquer notre projet et de les inciter à ouvrir les portes de leur restaurant. Aujourd’hui, nous disposons d’un réseau de 14 villes et accompagnons 350 femmes par an.
Notre seconde mission est de faciliter la vie des femmes qui ont intégré notre projet. Pour la plupart, celles-ci éprouvent des difficultés. Il s’agit souvent de femmes de 40 ans, qui ont par exemple des enfants en bas âge. Il nous arrive donc de trouver des systèmes de garde.
Grâce à des soutiens, comme ceux de METRO, nous réussissons à créer des ponts entre le monde économique et les gens qui ont une vie difficile. C’est en faisant ces ponts que l’on peut faire évoluer la société et la cuisine positivement. Il faut simplement y croire. Nous souhaitons faire évoluer les mentalités et démocratiser l’accès des femmes à la cuisine. Nous ne croyons pas au plafond de verre. Notre conviction est que toutes les femmes, quel que soit leur milieu social, peuvent réussir.
Comment expliquez-vous la sous-représentation des femmes en cuisine professionnelle ?
Si l’on revient à l’histoire de la cuisine, la discipline a été créée par un homme. Ce métier a une vision très hiérarchique du travail. Pendant des années, l’idée que la cuisine professionnelle était un monde dans lequel la femme n’avait pas sa place était ancrée. Il y a aussi beaucoup de stéréotypes, qui viennent aussi d’une réalité du métier : c’est très physique, les horaires sont compliqués et ne sont pas forcément faites pour les personnes qui ont une vie de famille. Cela reste un monde peu accueillant pour les femmes.
Chez Des étoiles et des femmes, on s’attache à casser les stéréotypes. Notre travail n’est pas seulement de dire aux femmes qu’il existe des systèmes de garde, notre rôle est aussi de leur dire que ça n’est pas parce qu’elles font garder leurs enfants que ce sont de mauvaises mères. Nous travaillons aussi avec des restaurateurs pour faire évoluer les mentalités et à s’interroger sur un meilleur accueil des personnes dans les cuisines et la manière dont on peut faire équipe. Nous développons des formations à destination des restaurateurs sur des questions de management et sur la prévention des violences physiques et sexuelles.
Chez Des étoiles et des femmes, lorsque l’on accompagne les femmes, on leur montre aussi cette réalité-là pour leur montrer comment réagir.
En quoi la cuisine peut-elle être un tremplin pour des femmes dont le parcours a rendu l’accès à l’emploi plus complexe ?
Comme expliqué précédemment, les personnes qui ont intégré notre projet sont très éloignées de l’emploi. La cuisine est un métier concret, où l’on crée des choses. C’est un secteur qui permet de voir directement que les efforts consacrés à l’élaboration d’un plat peuvent payer. Cela peut rendre fière.
Nous accompagnons des femmes qui n’ont, pour la plupart jamais obtenu de diplôme, à en avoir un. Pour elles, c’est une consécration. C’est d’ailleurs pour cela que nous mettons toujours du soin à faire la remise des diplômes, dans de beaux endroits. Ce sont des moments très émouvants, où les familles sont invitées. La marraine nationale du projet est Julia Sedefdjian. Il s’agit de la plus jeune cheffe étoilée. C’est une belle image, car cela permet aux femmes de s’identifier et de voir qu’il n’y a pas que des hommes qui peuvent réussir dans ce métier.
Ça les aide aussi à avoir des modèles en tête. On ne peut pas lutter contre les statistiques. Nous savons donc d’ores et déjà que les femmes vont se retrouver entourées d’hommes. Mais on les aide à prendre confiance en elles et à trouver des solutions pour tout ce qui peut les mettre en difficulté.
Il y a plein de dispositifs du droit commun qui existent en France. En travaillant avec France Travail et les différentes institutions, on peut aiguiller les femmes. L’accompagnement se fait sur un an, avec des formats plus ou moins courts, et nous restons en contact avec elles jusqu’à six mois après la remise du diplôme. Nous les rappelons, créons des permanences et des réseaux alumni pour celles qui le souhaitent.
Quel rôle les restaurateurs jouent-ils dans ce dispositif, et en quoi ce type de projet est-il aussi une réponse aux difficultés de recrutement dans le secteur de la restauration ?
Les restaurateurs sont vraiment au cœur du dispositif parce que, in fine, un des gros vecteurs de ce que nous réalisons, c’est l’autonomie économique. L’idée, c’est d’insérer des personnes vers l’emploi. Alors les restaurateurs jouent un rôle central, sans eux, notre mission sociétale ne peut pas être menée à bien et nous avons besoin d’eux. C’est la raison pour laquelle nous les incluons dès le départ en les faisant participer dès le recrutement. Les restaurateurs ouvrent leurs portes pour des stages, pour passer du théorique à la pratique, ce qui n’est pas toujours évident.
Il y a aussi des problèmes de mobilité pour les femmes. Par exemple, quand on vit dans un quartier qui n’est pas sécurisé et qu’on rentre tard le soir : comment fait-on ? On travaille aussi main dans la main avec les restaurateurs pour les aider à mieux intégrer des personnes éloignées de l’emploi dans une équipe.
Quel message souhaitez-vous passer à des femmes qui souhaitent trouver un travail dans ce secteur mais qui n’ont pas les moyens financiers de le faire ?
Je souhaite leur dire qu’elles peuvent y croire, que ça va marcher ! Si elles croient en elles, elles réussiront !
